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Métaphore (C. Détrie)
 

    La métaphore est généralement traitée par la rhétorique * en termes de figure * de mot ou trope. C'est une figure par ressemblance (ce qui correspond linguistiquement à une substitution sur l'axe paradigmatique, l'axe des similarités pour Jakobson 1963), dont le mot est le support.

    À la suite de la rhétorique classique, le Groupe µ ( Rhétorique générale 1970) sollicite, pour expliquer ce trope, la notion d'écart par rapport à un degré zéro (défini comme ce qui répond à l'attente du destinataire), le problème de sens posé par le fait métaphorique étant résolu par le biais de la recomposition sémique : l'écart correspondant alors à une modification de la combinaison des sèmes *. Cette procédure (qui a été reconduite par la sémantique structurale) permet certes de reconstituer quelques-uns des parcours interprétatifs du destinataire, mais ne rend pas compte des motifs de sélection, par l'énonciateur, de telle expression perçue comme métaphorique. Il s'agit d'une démarche purement analytique, abstraite, efficiente dans le cadre de la lexicologie, mais qui ne prend pas en compte l'acte de parole effectué par la métaphore.

    La sémantique structurale, et plus généralement la linguistique de la langue, traitant le matériau linguistique comme un objet autonome, coupé du contexte énonciatif et situationnel, se révèlent ainsi inaptes à rendre compte du processus métaphorique: celui-ci se déploie au sein d'un énoncé qui cherche non seulement à signifier, mais aussi à informer sur la réalité. Cela explique le fait que la recomposition sémique soit alors infléchie par la plupart des sémanticiens prolongeant la démarche structurale, tout particulièrement par la prise en compte de la composante encyclopédique, en un déverrouillage du système saussurien du côté de l'extralinguistique.

    La praxématique, qui se donne pour tâche de rendre compte des mécanismes de production de sens, met en relation événement linguistique métaphorique et événement extralinguistique, et s'attache à problématiser le rapport fondateur entre la façon de catégoriser les événements du monde réel et les représentations * construites.

    La métaphore doit être envisagée en termes de similitude expérientielle globale (l'expression est de Lakoff et Johnson, 1980/1985), la similitude n'étant jamais préexistante au processus métaphorique, mais au contraire créée par la métaphore : les significations intersubjectivement stables masquent le sujet, ses expériences, sa capacité à imaginer, son propre rapport au monde, tout ce que la métaphore précisément révèle, parce qu'elle s'inscrit dans une compréhension du monde qui relie les diverses praxis *. Le rôle de la métaphore est alors d'exprimer la perception de corrélations entre divers domaines d'expérience. Le processus métaphorique est de la sorte une construction cognitive fortement articulée au dialogisme *, sa spécificité étant d'être sous-tendue par un conflit nominatif perceptible par les coénonciateurs.

    La présence constitutive du dialogisme dans la nomination * est de la sorte exemplaire dans la nomination perçue comme métaphorique. Le processus métaphorique manifeste ainsi un rapport dialogique * (sur le mode du dissensus) que le sujet entretient avec les réglages * des autres locuteurs, ce rapport dialogique n'étant que la représentation de rapports praxiques eux-mêmes différents : le locuteur, dans sa parole, articule une praxis sociale culturalisée et une praxis personnelle, égocentrée, qui peuvent entrer en conflit.


Bibliographie :

C. Détrie, (éd., 2001) Du sens dans le processus métaphorique (cliquez ici pour visualiser le plan du livre), Paris : Champion, 300 pages

Lakoff et Johnson (1980/1985), Les métaphores dans la vie quotidienne, éds de Minuit, 254 pages

 

(Cet article rédigé par C. Détrie a été publié in : Termes et concepts pour l'analyse du discours : une approche praxématique (C. Détrie, P. Siblot et B. Verine, éditeurs), 2001, Champion, 413 pages)

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