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Cédric Detienne      --contact--
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Métaphore et expression chez Nelson Goodman (S. Goltzberg)
 

 L'étude de la métaphore est rendue difficile pour plusieurs raisons. Premièrement, il est difficile d'en donner une définition littérale (on fera appel à des notions comme « transport », « transfert »). Il serait même impossible de la définir en termes littéraux. Deuxièmement, un exposé sur la métaphore suppose toujours une certaine philosophie du langage, et, éventuellement une philosophie de l'art et une sémiotique, ce qui rend ardu le résumé succinct d'une théorie de la métaphore. Ceci ne doit pas décourager celui qui voudrait en savoir plus sur son fonctionnement.

 Nelson Goodman a grandement contribué à la théorie de la métaphore. Ce logicien s'est tourné également vers l'esthétique et la sémiotique. Comme Quine, il est nominaliste et extensionnaliste, c'est-à-dire qu'il n'accepte dans son ontologie que les individus. Toute entité non individuelle ou non extensionnelle sera dès lors proscrite. Il refusera donc l'existence des propriétés, des classes et de la signification, ce qui ne simplifiera pas son traitement de la métaphore. En effet, le procédé métaphorique est souvent décrit en termes de signification. Une des conséquences est qu'il sera question d'étiquettes plutôt que de propriétés.

 Le procédé métaphorique ne se limite pas chez Goodman à son versant linguistique, mais enveloppe des relations non verbales. Afin de comprendre sa théorie unifiée de la métaphore verbale et non verbale, il nous faut présenter sommairement sa sémiotique.

 Goodman scrute les voies de la référence – terme de base de sa sémiotique et qui permet de définir les autres mais qui n'est pas lui-même défini. La dénotation est l'application référentielle d'une étiquette à un objet ou à un symbole. Rappelons que l'étiquette peut être verbale ou non verbale. On dira d'un objet qu'il est dénoté par telle ou telle étiquette. La dénotation va donc du symbole vers ce à quoi il s'applique.

 En revanche, une exemplification est la relation référentielle que cet objet – ou tel symbole – entretient avec l'étiquette. Tel morceau de tissu rouge exemplifie l'étiquette « rouge », puisqu'il vérifie ce concept. Ajoutons que tel tissu exemplifie littéralement cette étiquette.

 Si un objet vérifie métaphoriquement une étiquette, il y a non pas exemplification, mais expression. Ainsi, un morceau de tissu exemplifie l'étiquette « rouge », mais exprime l'étiquette « chaud ». Il ne s'agit plus d'exemplification, puisqu'on ne peut guère dire littéralement que ce morceau de tissu est chaud (sauf si par hasard ce morceau de tissu était sur le radiateur, mais c'est là une autre question) – ce morceau de tissu n'est donc jamais littéralement chaud en tant que morceau de tissu . L'expression est donc thématisée à partir de l'exemplification et de la métaphore.

 Reprenons. La dénotation va de l'étiquette à l'objet. Il existe deux sous-relations converses de la dénotation : l'exemplification, lorsque l'objet possède littéralement de quoi vérifier l'étiquette, et l'expression, lorsque l'objet le possède métaphoriquement.

 La métaphore est donc une des manières de distinguer entre exemplification et expression, deux des voies de la référence.

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