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| Projet de thèse de doctorat de Stefan Goltzberg | ||
Le statut philosophique de la métaphore Chez Paul Ricoeur et Nelson Goodman
Mon projet vise à étudier, de manière critique et
détaillée, le statut de la métaphore en esthétique
contemporaine: il s'agit donc d'une thèse théorique, voire
méta-théorique, en ce que la métaphore y est
traitée, non pas dans ses occurrences, mais du point de vue de son
statut en philosophie du langage et de l'art. Les deux oeuvres autour
desquelles tourne cette problématique sont Languages of art de
Nelson Goodman et La Métaphore vive de Paul Ricoeur. Ces deux
livres présentent les deux plus grandes fresques sur la métaphore
de la fin du XXème siècle. Les travaux généraux sur
la métaphore sont nombreux; les études critiques portant sur ces
oeuvres-ci sont quant à elles fort rares. Il convenait, autant que faire
se peut, de tenter de combler cette lacune. La
métaphore fut longtemps considérée comme simple simulacre,
jouet des adversaires de la vérité, et ce malgré les
géniales intuitions d'Aristote, pour qui la métaphore est
“l'application à une chose d'un nom qui lui est étranger
par un glissement du genre à l'espèce, de l'espèce au
genre, de l'espèce à l'espèce, ou bien selon un rapport
d'analogie” (Poétique , 1457b). Il faut pour ainsi dire
attendre la Modernité, afin de voir la métaphore
rethématisée par Hobbes. Font suite Vico, Kant et Nietzsche,
moments incontournables du développement des théories de la
métaphore. Pour autant, ce n'est qu'au XXème siècle que se
déploie un questionnement centré sur la métaphore. Or, en
dépit des multiples monographies sur des théoriciens de la
métaphore, l'histoire de l'esthétique présente une lacune
criante: l'absence de textes faisant le point sur les différents
courants donnant un rôle nodal à ce trope, sans souscrire à
l'idée commune à Rousseau et à Nietzsche d'après
laquelle le langage est originairement métaphorique. Goodman et Ricoeur
maintiennent la distinction littéral - métaphore, distinction qui
permet de sauver la possibilité d'une théorie de la
vérité. L'enjeu de ce projet est de taille, puisqu'il s'agit de rendre compte
d'une philosophie qui conçoit l'esthétique comme sous-tendue par
la cognition, à la manière de Goodman et de son traducteur et
interprète Roger Pouivet (Esthétique et logique). Ce
dernier fournit une liste d'erreurs commises sur la métaphore. L'une
d'entre elles est l'idée d'après laquelle la métaphore est
fausse, ne dit pas le vrai; une autre prétend que la métaphore
serait toujours linguistique. Mon travail s'inscrit en effet contre ces deux
"erreurs". En élargissant le domaine de législation de
la métaphore au non verbal, à l'iconique, il devient possible de
démêler la manière dont l'esthétique et la linguistique
se nourrissent mutuellement. Le problème est qu'actuellement, ces deux
branches ne communiquent pas assez, ce qui rend imperceptible l'unité
fondamentale du fonctionnement de la métaphore. Mon DEA transdisciplinaire, ainsi que mon mémoire consacré
à la métaphore en publicité, me permettra de montrer dans
quelle mesure la métaphore touche à ces disciplines, et de quelle
façon Goodman a appliqué des concepts linguistiques à la
réalité artistique. Il est courant d'entendre que la philosophie anglo-saxonne accorde au
langage une importance certaine. Il nous reviendra d'établir des liens
entre philosophie anglo-saxonne et continentale autour du procès
métaphorique. La métaphore constitue, de fait, un laboratoire
inestimable pour examiner les échanges parfois souterrains entre ces
deux styles de philosophie. Les deux approches convergent imperceptiblement
vers une même intuition : le caractère immanent et
différencié de la métaphore en esthétique. Goodman
aborde la métaphore par un angle à la fois logique et esthétique,
tandis que Ricoeur part davantage d’une herméneutique, tout en
prenant ses distances par rapport à l’entreprise de Derrida
(‘La mythologie blanche’). Le côté toujours fuyant de la métaphore
(l'impossibilité d'une définition non-métaphorique, sa
non-traductibilité) conduit le chercheur à explorer la
troisième Critique kantienne. Le paragraphe 59 de la Critique de la
faculté de juger charrie des considérations sur le symbole et
l'analogie, nécessaires pour aborder la philosophie de l'imagination
effective dans La métaphore vive. La métaphore
ressortit-elle d'ailleurs à l'imagination productive ou à
l'imagination reproductive? Telle est la véritable question. Dans quelle
mesure le jugement réfléchissant permet-il de thématiser
le processus métaphorique? Autant de questions auxquelles
j'espère pouvoir apporter des linéaments de réponse. Positivement, je veux élaborer une théorie de la
métaphore iconique inspirée de Goodman et Ricoeur, tout en ne
négligeant pas le souci d'une application en critique d'art. Il y a dans
ce projet tension entre deux exigences: (a) conserver
d'une part la distinction littéral-métaphore, pour ne pas verser
dans le tout métaphorique et, d'autre part, (b) ne pas
surdéterminer une esthétique de la métaphore par le
vocabulaire linguistique et la conceptualisation attenante. Comment ouvrir la
littéralité et la métaphore à l'expérience
esthétique sans emprunter un schème - issu des sciences du
langage - par trop réducteur? La multiplicité du sens métaphorique ne doit pas occulter
celle du sens littéral (comme l'a démontré John Searle).
Néanmoins, de même, le fait que le sens se ramifie
n'oblitère pas l'unité de l'énoncé - entendez de
l'oeuvre. Ce perpétuel aller-retour entre unité et
multiplicité nous permet d'enchâsser ce projet de thèse
dans un programme plus vaste: celui d'une histoire hénologique de la
métaphore en philosophie (ici interviennent les textes de Derrida). Je montrerai, dans la mesure du possible, pourquoi la littéralité des énoncés comme des oeuvres constitue une dimension complémentaire de leur métaphoricité. Loin de s'opposer, métaphore et expression littérale sont finalement valides simultanément, dans une tension de type kantien. Aucune synthèse ne viendra dès lors "relever" le différend littéral - métaphore.
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