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Résumé de la thèse: Métonymies et figures de référenciation dans la presse écrite généraliste. Analyse sémantique et rhétorique (M. Lecolle)

 

 Cette thèse s'est donné deux objectifs. En premier lieu, celui de mener une étude empirique de la métonymie dans des textes non littéraires, afin de cerner ce processus tropique et de juger de l'incidence du type de discours sur ses modes de réalisation. En second lieu, le projet, relevant d'une analyse pragmatique ou encore rhétorique, concernait l'évaluation des ressources persuasives du trope. L'étude se proposait d'articuler ces deux points de vue, c'est-à-dire d'envisager la problématique de la persuasion, non pas in abstracto , mais en partant de la mise au jour des régularités du mécanisme métonymique à travers l'analyse de ses occurrences en contexte. Dans cette perspective, le contexte est envisagé dans un sens large, qui prend en compte, aussi bien les circonstances de l'énonciation et les connaissances que mobilise l'énoncé, que le contrat communicatif auquel correspond le genre du texte – soit, dans le cadre de mon étude, le genre de la presse quotidienne d'information.

 Ainsi, prenant pour point de départ une approche sémantique, au croisement de la sémantique lexicale et de la sémantique textuelle [1] , et se centrant sur l' elocutio (partie de la rhétorique essentiellement consacrée à la grammaire et aux figures), l'étude se situe dans le cadre plus général de la rhétorique des origines [2] , pour laquelle le discours est construit en fonction des circonstances de l'énonciation – notamment le rôle institutionnel de l'énonciateur et le type de public [3] . Dans ce cadre, ce qui est visé est l'étude de procédés rhétoriques de référenciation – que j'ai rassemblés sous le terme de figures de référenciation –, qui englobent de manière non exhaustive, outre la métonymie [4] , d'autres figures qui lui sont apparentées, comme la synecdoque et la personnification. Avec le choix de ces figures, j'ai considéré que, dans un discours à dominante informative, et donc relevant d'une visée référentielle, le mode de nomination des objets – personnes, groupes de personnes – participait à la construction à long terme de la représentation discursive de ces objets.

 La première partie de la thèse est centrée sur la discussion des critères sémantiques et rhétoriques qu'il m'a paru nécessaire de retenir pour mener à bien une analyse empirique : les notions de trope et de figure (figure argumentative, figure stylistique), appartenant à une longue tradition rhétorique et stylistique, sont réinterrogées dans la perspective d'une analyse en discours "ordinaire".

 La métonymie ne possède pas en propre de marques formelles spécifiques. C'est pourquoi j'ai consacré un chapitre à la mise en place de critères sémantiques destinés à la cerner. La métonymie étant classiquement décrite en termes de relation de contiguïté (cf. notamment Jakobson 1963 [5]  ; Le Guern 1973 [6] ), j'ai repris à mon compte cette relation comme principe interprétatif pour le trope métonymique, en situant ce dernier dans l'éventail des faits linguistiques mettant également en jeu la contiguïté – par exemple la dérivation, mais aussi l'anaphore associative.

 Les contours de la métonymie une fois cernés, j'ai défendu la nécessité de la distinguer nettement de la synecdoque, d'un point de vue théorique comme d'un point de vue interprétatif. Ainsi, contre certaines analyses qui subordonnent la synecdoque à la métonymie et les articulent selon la distinction ‘contiguïté interne' vs ‘contiguïté externe', j'ai mis en avant la spécificité de la synecdoque – des synecdoques – rassemblées autour du principe d'inclusion, référentielle ou sémantique (cf. Meyer 1993 et1995 [7] ).

 J'ai ensuite confronté la métonymie à la figure de personnification. La distinction opérée entre les deux figures est basée sur leur portée respective : alors que la métonymie a principalement un fonctionnement paradigmatique, la personnification reste une figure de surface, opérant syntagmatiquement par l'application discursive de propriétés humaines à des entités non humaines.

 Une deuxième partie est consacrée à la méthodologie de travail en corpus. Prenant en considération le fait que le corpus (tout corpus) est socialement situé, l'étude développe et discute la spécificité du sociolecte journalistique. Celle-ci est liée au rôle social du discours journalistique, aux interactants qu'il met en présence, aux routines de la pratique journalistique, qu'on peut mettre en corrélation avec des routines langagières [8] , et enfin aux connaissances auxquelles ce discours fait appel : dans une perspective qui est adoptée tout au long de l'étude, je mets en relief le rôle de l'intertextualité dans les énoncés journalistiques, en particulier dans la construction de la référence.

 Dans mon choix de corpus, j'ai opté pour des corpus contemporains à l'étude. La majeure partie, tirée des quotidiens Libération , Le Monde et Le Figaro , traite de l'actualité politique (française, européenne, et mondiale – la guerre du Kosovo 1999), et un corpus "culturel" est constitué d'articles des mêmes journaux portant sur le festival de Cannes 2001.

 La troisième partie développe l'analyse proprement dite et les résultats.

 Dans un premier chapitre, j'ai cherché à cerner les modalités d'interprétation dans les textes des tropes et figures étudiés, en mettant en avant la nécessaire interaction, pour cette analyse, des niveaux phrastique, textuel et intertextuel d'un même sous-corpus. J'ai ainsi distingué trois niveaux d'interprétation, correspondant respectivement au repérage, à l'interprétation sémantique et, le cas échéant, à l'interprétation référentielle des figures. De fait, cette interprétation référentielle ne va pas de soi puisque beaucoup d'occurrences métonymiques renvoient à des ensembles indéterminés, à du continu donc, dans lequel certains articles journalistiques, mais non d'autres, permettent un découpage – une assignation référentielle précise.

 Le chapitre suivant propose une typologie argumentée des métonymies et des synecdoques des corpus. Pour les métonymies, la typologie est basée essentiellement sur le lexique et sur les liens entre entités, parfois posés dans les textes et l'intertexte d'un même sous-corpus. Quant à la typologie des synecdoques, elle est basée sur les critères traditionnels correspondant aux différents modes d'inclusion (synecdoque partie/tout, synecdoques du genre et de l'espèce, synecdoque d'abstraction). A l'issue de cette typologisation, les résultats dégagés révèlent plusieurs tendances qu'on peut résumer en soulignant, d'une part la forte proportion des métonymies basées sur des noms propres de lieux, et d'autre part l'importance de la référence plurielle, présente aussi bien dans le cas des synecdoques que dans celui des métonymies. D'une manière générale en effet, les métonymies des corpus à thématique "politique" manifestent une grande stéréotypie : elles sont majoritairement du type lieu institutionnel/actant institutionnel , ou lieu/habitants , et sont caractérisées par la création discursive d'entités plurielles. Cette création d'entités plurielles est également à remarquer, bien que moins massivement, dans les textes à thématique "culturelle". En outre, cette présence massive de la pluralité va souvent de pair avec l'indétermination référentielle déjà mentionnée, et celle-ci apparaît de fait comme une conséquence de l'usage métonymique de noms propres de lieux.

 En tant que modes de désignation d'ensembles, les occurrences métonymiques du type lieu institutionnel/actant institutionnel peuvent être rapprochées des noms collectifs lexicaux (cf. notamment Flaux 1996 et 1999) [9] . Ce rapprochement peut également se justifier à cause de la stéréotypie formelle des métonymies institutionnelles, qui les rapproche de noms collectifs non figuraux. C'est cette confrontation que développe le troisième chapitre, où est discutée la lexicalisation des métonymies institutionnelles en corpus journalistique. Les trois caractéristiques de ces métonymies sont : (i) la présence du trait /institution/, (ii) leur interprétation aisée – elles ne nécessitent plus une inférence, comme ce serait le cas pour les métonymies vives – et (iii) leur référence indéterminée. Nous proposons pour résumer ces caractères de les nommer "noms jokers", faisant ainsi référence au fait qu'elles peuvent aisément se glisser dans différentes places référentielles où elles désigneront, de manière plus ou moins précise, tout ce qui a un lien avec l'institution. 

 Le dernier chapitre est consacré à la discussion de l'utilisation rhétorique des métonymies et figures de référenciation dans les textes, et s'intéresse à l'effet qu'elles sont susceptibles de produire. Cet effet est pour l'essentiel à trouver dans la représentation discursive qui est faite des entités (personnes ou ensembles de personnes) dans l'intertexte d'un même sous-corpus. En m'appuyant sur les observations des chapitres précédents, j'ai cherché à évaluer cette représentation sur la base des caractéristiques sémantiques respectives des différents modes de référenciation et de leur importance quantitative. Ainsi, en opérant un va-et-vient entre approches onomasiologique et sémasiologique, j'ai répertorié et examiné l'ensemble des désignations concernant un personnage saillant tel que Slobodan Milosevic – ses reformulants [10] métonymiques ( Belgrade ), périphrastiques ( l'homme fort du pays ), de noms de "rôle" [11] ( le président serbe ) –, et cherché à cerner ce que chacun de ces modes de référenciation apportait de spécifique. J'ai mené la même analyse pour d'autres "personnages", en particulier des institutions telles que l'OTAN, ce qui m'a permis de cerner comparativement les régularités sémantico-référentielles des différents modes de nomination, mais aussi d'observer le rôle souterrain des métonymies institutionnelles , en combinaison avec d'autres modes de nomination, dans l'élaboration d'une argumentation, non nécessairement délibérée, mais d'autant plus prégnante qu'elle n'est pas explicitée.

 Finalement c'est par une démarche d'immersion dans un corpus unifié par un type de discours – le discours journalistique – que j'ai pu aborder des domaines jusqu'à présent peu explorés dans des textes non littéraires. Là où une approche phrastique, ou une approche éclatée de textes épars aurait été inopérante, c'est par cette immersion que j'ai pu voir s'élaborer la construction de références tropiques et figurales à travers les textes et entre les textes. C'est également par cette immersion que j'ai pu faire émerger, à travers les procédés de référenciation, les catégories d'objets de discours qui apparaissent comme centraux pour les journalistes, dans des thématiques de politique française et étrangère. Enfin c'est par cette immersion que j'ai pu délimiter, non seulement de quoi on parle préférentiellement, mais aussi comment on en parle.


[1] Cf. Rastier F. (2001). Arts et sciences du texte . Paris, Presses Universitaires de France.

[2] Aristote (1991). Rhétorique . Trad. C.-E. Ruelle, intr. M. Meyer, commentaire de B. Timmermans. Paris, Le Livre de Poche.

[3] Cf. Perelman C. & Olbrechts-Tyteca O. (1970). Traité de l'argumentation , la nouvelle rhétorique . Éditions de l'Institut de sociologie de l'Université Libre de Bruxelles.

[4] Je me suis basée essentiellement sur l'ouvrage de Bonhomme M. (1987). Linguistique de la métonymie . Berne : Éditions Peter Lang.

[5] Jakobson R. (1963). Éléments de linguistique générale . Paris, les Éditions de Minuit, Collection Points.

[6] Le Guern M. (1973). Sémantique de la métaphore et de la métonymie . Paris, Larousse.

[7] Meyer B. (1993). Synecdoques, étude d'une figure de rhétorique Vol. 1 . Paris, Éditions l'Harmattan.

Meyer B. (1995). Synecdoques, étude d'une figure de rhétorique Vol. 2 . Paris, Éditions l'Harmattan.

[8] Cf. notamment Charaudeau P. (1997). Le discours d'information médiatique. La construction du miroir social. Paris, Nathan.

[9] Flaux N. (1998). "Les noms collectifs et la prédication". In Forsgren M., Jonasson K., Kronning H. (éd.), Prédication, assertion, information, Actes du colloque d'Uppsala en linguistique française, 6-9 juin 1996. Uppsala : Acta Universitatis Upsaliensis, pp. 173-183.

Flaux N. (1999). "A propos des noms collectifs". In Revue de linguistique romane 63, pp. 471-502.

[10] Mortureux F. (1993). "Paradigmes désignationnels". In Semen 8, pp. 123-141.

[11] Fauconnier G. (1984). Espaces mentaux. Paris, les Éditions de Minuit.

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