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| Métaphoriser ou "L'appel des souvenirs" (F. Rousset[1]) | ||
Penser, c'est être dérangé des yeux. Fernando P ESSÕA , Le gardien de troupeaux Introduction Si depuis Aristote, une longue tradition rhétorique s'est employée à cantonner la métaphore dans une fonction ornementale, celle-ci est désormais un objet scientifique à part entière. L'engouement qu'elle suscite depuis quelques années, s'est traduit par une multiplication des écrits [2] qui révèle, par ailleurs, une difficulté à situer le phénomène et à délimiter les territoires cognitifs qu'il recouvre exactement. La métaphore est avant tout, selon nous, ce moment privilégié de conscience où tout cloisonnement information-nel entre imagerie et sémantique est rendu caduc. C'est ainsi qu'a pu se développer un hiatus entre chercheurs issus de diverses disciplines (philosophie, linguistique, sciences de l'information et de la communication, psychologie, psychanalyse…) où diffère le “périmètre” de la définition arrêtée. Par exemple, lorsque Larocque [3] théorise la relation enseignante, le sens de ce concept avant tout linguistique, se trouve débordé par une logique de communication que cet auteur qualifie d'hologra-phique : “Métaphore dans la métaphore, à la façon des images holographiques dans lesquelles chaque particule iconique contient la totalité de l'image, l'enseignant à son tour, tout en étant transporté par le véhicule scolaire, agit comme transporteur”. Une analyse institu-tionnelle implique naturellement l'utilisation des métaphores car il s'agit pour le chercheur de modéliser une entité complexe, de construire un objet intermédiaire entre une théorie et une réalité particulièrement abstraite. Notons, toujours dans le cadre pédago-gique, les travaux de Bouvier [4] qui examine le système scolaire en termes de métaphores mais aussi ceux de Sackmann [5] centrés sur l'entreprise. Ces deux auteurs ont pour démarche commune d'aborder ces organisations respectives sous l'angle de métaphores susceptibles de les décrire, mais surtout de les transformer ; la métaphore n'est plus seulement une interface conceptuelle mais a pour rôle de faire prendre conscience aux acteurs de certains modes de fonctionnement dans lesquels ils sont quotidiennement pris, de structurer leurs représentations et de guider les évolutions futures. Ce qu'exprime également Herron [6] lorsqu'elle attire notre attention sur le fait que si une métaphore a le pouvoir de structurer notre compréhension d'un phénomène abstrait ( ex. une théorie de l'apprentissage), elle peut nous enfermer dans une définition restrictive et exclusive de ce même phénomène, à partir du moment où elle s'identifie avec la logique argumentative dont elle était porteuse pour devenir un argument en soi et finalement, un prisme. Il nous appartient dès lors, de nous arrêter sur ces images implicites dont nous tirons inconsciemment des hypothèses et qui inspirent nos actes ( ex. une pédagogie) pour mieux comprendre leur fonctionnement et ainsi relativiser la valeur explicative ou définitionnelle de la métaphore. Cette démarche génère un métalangage [7] : de la confrontation des différentes métaphores recensées à propos d'un même domaine, émerge par-delà la logique propre à chacune d'elle, un point de vue commun. En cela, ces différents auteurs illustrent cet aphorisme de Molino [8] : “Comprendre un mot, un symbole, une institution, c'est métaphoriser”. Lakoff définit moins une figure qu'un mécanisme de métaphorisation voué à conceptualiser des connaissances parmi les plus abstraites sur la base d'expériences corporelles, sensitives et motrices. Les métaphores linguistiques ne seraient, de ce point de vue, que l'expression d'un inconscient cognitif affleurant dans le langage ou réfléchi par lui. Lakoff et Johnson [10] ne considèrent le format verbal que dans la mesure où le langage nous permet d'accéder à la structure inférentielle soutendue par les métaphores (la métaphore “donner une idée” nous enseigne que nous assimilons inconsciemment les pensées à des objets), celles-ci constituant des limites qu'il faut dépasser à travers d'autres métaphores. Leur principal souci est de dégager la métaphore du détail linguistique pour en extraire le raisonnement. Langues et cultures ne font pas obstacle à cette entreprise du fait que les locuteurs ont en partage une identité corporelle. De même que Fontanier [11] avait souligné que les tropes ont pour principal intérêt de nous “faire toucher des doigts les idées les plus déliées (…)”, ces auteurs en relèvent le caractère sensible et vont jusqu'à élever la métaphore au rang de perception. Pour avoir mis en exergue que les métaphores sont comme autant de sondes expérientielles à la lumière desquelles nous édifions une représentation du monde, Lakoff et Johnson tendent à nous faire oublier qu'elles n'en sont pas moins des expérimentations linguistiques. Le caractère du processus de concep-tualisation que ces auteurs ont contribué à mettre en évidence est, certes, fondamental mais ne doit pas être confondu avec l'objet linguistique, transposition, transformation et non simple manifestation du premier. A l'exemple de Molino qui identifie toute métaphore au processus de création au cours duquel est “transmuée” en symboles l'expérience sensible immédiate, il faut prendre soin de distinguer deux espèces de métaphores : d'une part, la métaphore au sens restreint qui instrumente un nom auquel est associée une pensée pour désigner une autre pensée liée à la première par une ressemblance, et d'autre part, la métaphore radicale traduisant l'expérience vécue en figures sonores à travers l'activité langagière [12]. Il est indéniable que les travaux que poursuivent Lakoff et Johnson ont apporté un souffle nouveau car nourris d'une ambition universaliste. Paradoxalement, leur perspective constitue, à ce jour, la tentative la plus séduisante, sinon la plus aboutie susceptible de réconcilier une approche rhétorique et une approche psychologique, la première reposant classiquement sur l'évocation de schèmes dénota-tifs quand la seconde fonctionne sur un appel aux significations connotatives [13]. Reste, cependant, à réintroduire la dimension linguistique quand leur propos a consisté à révéler la nature extralinguistique de la métaphore. Nous tenterons, quant à nous, de promouvoir la problématique de l'imagerie, aux carrefours du psychologique et du sémiotique, afin de lui adjoindre le chaînon cognitif manquant. Une théorie de l'activation La plupart des définitions de la métaphore s'inscrivent dans un contexte linguistique, le plus souvent limité à la phrase. Au chapitre d'une sémantique interprétative, c'est une stratégie discursive qui consiste à véhiculer une information, à en réactiver la trace ou à en stimuler l'élaboration afin de rétablir la cohérence d'une phrase dont elle met à mal l'isotopie. Un point de vue classique identifie le procès interprétatif à la recherche d'une zone de recouvrement des champs sémantiques impliqués. Le cognitiviste sera intéressé au rapprochement avec le concept de mémoire sémantique tel qu'il a été élaboré par Quillian [14]. En effet, à la lumière de ce modèle qui envisage l'organisation des connaissances abstraites sous forme de réseaux sémantiques dont les nœuds donnent corps aux concepts, la lecture d'une métaphore pourrait se concevoir comme l'activation en parallèle de différentes occurrences du lexique mental, de manière continue et diffuse, jusqu'à trouver un point d'intersection. Les théories componentielles ou “modèles en traits” [15] interrogent plus précisément la nature des relations entre les concepts qu'elles dépeignent comme des combinaisons de traits ou d'attributs au caractère invariant : oiseau-aile illustre, par exemple, une relation de l'ordre de l'attribution et oiseau-avion, de l'ordre de l'intersection. Il faut noter toutefois, des prémices de cette nouvelle orientation chez Collins et Loftus [16] qui décrivent les concepts comme d'autant plus liés, qu'ils ont de nombreuses propriétés en commun. Mis en perspective, ces différents modèles théoriques permettent d'élaborer une définition du phénomène métaphorique délimité au seul champ sémantique ; le recouvrement des chemins activés au sein d'un réseau sémantique, fonderait la compréhension métaphorique tandis que la construction et l'étendue de ce dernier conditionneraient la psychogenèse de cette même compréhension. La théorie comparative en constitue une traduction : une métaphore nominale (a est b) implique la détection des attributs communs que spécifient la topique (a) et le véhicule (b). Si l'on peut s'accorder sur le caractère déterminant de ce principe de base, on notera cependant que la compréhension ne saurait se résumer à lui seul. La pertinence du trait ou de la qualité commune détectée devra être mis en regard d'un contexte et d'une syntaxe. Par ailleurs, nous veillerons à privilégier une psychologie de l'interprétation à celle de la computation. La dissonance allotopique qu'introduit toute métaphore créative ne semble plus prise en compte, dans la transparence de modèles entièrement tournés vers sa résolution. Or ce sentiment tensionnel qui accompagne l'interprétation, illustre fondamentalement notre refus de la contradiction, lui-même caractéristique de “notre technique d'application des fonctions de vérités” [17]. La proposition, qui formerait l'unité cognitive de base de la mémoire sémantique [18] en assignant un prédicat à un argument : jaune (canari) pour “le canari est jaune”…, peut s'appliquer à la métaphore nominale : a est b… qui institue une relation résolument asymétrique ; preuve en est qu'une simple inversion des deux concepts suffit à transformer le sens de la prédication. L'essence même de la proposition est de conférer à une association un statut d'existence à travers l'attribution d'une valeur de vérité : la proposition est vraie ou fausse. Considérons maintenant le malaise que peut ressentir un interprétant face à une métaphore particulièrement vive. Celui-ci pourrait procéder d'une mémoire sémantique prise à défaut et se heurtant à ce qui, en apparence, est dénué de sens ou précisément une violation oiseuse ( i.e sans valeur de vérité) : “Ceci n'est pas une pipe”… Comprendre une métaphore suppose, en premier lieu, de contester la prédication dans sa valeur de vérité. Toutefois, plaquer la logique propositionnelle sur une métaphore est, selon Harnad [19], un non-sens comme ne manque pas de le faire apparaître la moindre interprétation qui tenterait d'attacher à celle-ci une valeur de vérité : “La terre est bleue comme une orange”… tout comme il n'y aurait pas de sens à vouloir dénier cette dernière. Se référant à des travaux neurologiques [20] qui impliquent l'hémisphère gauche, cet auteur préfère la décrire comme une apposition : les termes sont accolés afin d'en faire émerger les similarités. La forme propositionnelle vient, en quelque sorte, indiquer à l'interprétant la visée de son interprétation et ainsi, concourt à la mise en place d'un contexte sur la base duquel la proposition deviendra littéralement vraie. Plus qu'une opposition entre proposition et apposition, Harnad théorise le conflit cognitif par lequel la logique propositionnelle est rétablie et contribue à réactualiser cette pensée de Urban : plus large est l'univers du discours, plus il devient vrai. D'autres, à l'instar de Dobrzyñska [21], insistent sur le caractère insoluble de la métaphore qui renouvellerait et laisserait toujours ouverte la problématique interpré-tative dont elle est porteuse. Il convient, alors, d'admettre que tout sens attaché à la métaphore demeure hypothétique. Le fait que cette figure résiste à la paraphrase, atteste selon Davidson [22] de l'unicité du sens métaphorique ; celui-ci ne peut être déterminé autrement que par les seuls mots le composant. Dans le même temps, cet auteur fait le constat que cette restriction n'épuise pas le contenu cognitif de la métaphore. Il énonce alors que le matériau verbal n'est pas la finalité informationnelle ou représentationnelle mais a pour rôle d'armer en quelque sorte “un coup sur la tête” que la métaphore nous assène : “(...) Nous imaginons qu'il y a un contenu à saisir quand en fait nous sommes en permanence en train de nous concentrer sur ce que la métaphore nous fait remarquer. Si ce que la métaphore nous fait remarquer était de portée finie et propositionnelle par nature, cela ne poserait pas en soi de difficulté ; nous projetterions simplement le contenu que la métaphore a suscité en nous sur la métaphore elle-même. Mais en fait, il n'y a pas de limite à ce sur quoi une métaphore attire notre attention, et une bonne partie de ce que nous sommes conduits à remarquer n'est pas de nature propositionnelle”. Costermans et Elosùa [23] notent que dans leur effort respectif pour théoriser les connaissances, les concepts et leurs représentations, les formulations componentielles ou “modèles en traits” ainsi que le langage des réseaux sémantiques, butent sur les composantes ultimes pour les unes, sur les nœuds terminaux pour l'autre ; décomposer un concept en attributs conduira nécessairement à effectuer la même opération sur ces derniers et ainsi de suite. Le nœud du réseau sémantique ne peut être qu'une métaphore spatiale et non la représentation d'un concept au sens de son contenu, auquel cas il serait vide. Une théorie de la métaphore pose au fond les mêmes problèmes que l'élaboration d'une théorie sémantique classique, au premier desquels il faut compter, comme le souligne Saeed [24], la circularité à laquelle nous confronte inévitablement la définition d'un mot reposant sur d'autres mots à définir à leur tour. La tension qui en découle se trouve accrue par notre entêtement à vouloir résoudre cette énigme métaphorique en réactivant les éléments qui lui ont donné forme. Ce constat place l'interprétant devant une alternative. De la même façon, la singularité du phénomène métaphorique, nous conduit à nous interroger sur la nécessité de distinguer un savoir linguistique d'une connaissance générale de type encyclopédique mais aussi à évaluer la contribution du contexte au sens. Cette aporie trouve, encore une fois, son pendant dans la théorie comparative telle que l'a décrite Searle [25] : dans l'impossibilité de mettre au jour un fondement objectif à la ressemblance censée lier le sens littéral au sens métaphorique, il faut, selon le philosophe, si toutefois on ne veut pas expliquer une métaphore par le procédé artificiel et sans fin qui consiste à lui substituer d'autres métaphores, mettre l'accent non sur les représentations mais sur les conditions qui rendent possibles les représentations et qui font de la ressemblance une stratégie de compréhension et non plus un constituant du sens. C'est ainsi que se trouvera réintroduite l'expérience sensorielle du point de vue sémantique. Sipos et al. [26] rappellent que la signification n'est pas un corrélat du signe, mais qu'elle s'inscrit dans une communication et qu'à ce titre, la mémoire épisodique [27] intervient de manière prédominante dans la compréhension de la métaphore. Indépendante de la mémoire sémantique considérée comme le lieu de stockage des connaissances abstraites, générales et partagées par les individus appartenant à une même culture, la mémoire épisodique rassemble, quant à elle, les événements concrets vécus par un sujet et dont les représentations sont organisées temporellement. La mémoire épisodique se distingue encore de la mémoire sémantique en ce que la perception directe est la source de l'information qu'elle enregistre avec l'événement pour unité. Sipos et al. convoquent le concept de connotation propre au champ linguistique [28], en lien avec la mémoire épisodique de par le caractère émotionnel des informations ainsi catégorisées. La compréhension métaphorique jouerait sur l'articulation dénotatif-connotatif au travers d'un transfert de sens de la topique au véhicule : dans la métaphore “un lit vert” relative à la topique “pré”, le sens connotatif du mot “pré” (“il est plaisant de s'y étendre”) est transféré au mot “lit” dans lequel le mot “s'étendre” représente le sens dénotatif. L'intérêt de ce point de vue est de concevoir la relation asymé trique entre la topique et le véhicule dans le cadre d'une activation : la topique active la part connotative ou dénotative du véhicule. De plus, il permet de percevoir un temps de coopération entre mémoire sémantique et mémoire épisodique. La métaphore s'apparente dès lors, à un processus de sémantisation par lequel les concepts sont libérés du contexte. Quand St Martin [29] tente à travers un langage analogique de délinéariser une sémiotique visuelle et de lui faire recouvrer ses caractéristiques topologique et tridimensionnelle, nous pointons justement à travers la métaphore et sa dynamique asymétrique, le dessein inverse : une linéarisation de l'image par le langage. Un point de vue plus intéressé à déceler dans la métaphore une continuité qu'une rupture, ne considèrera pas le concept comme une idée à “extirper” d'une gangue expérientielle, mais plutôt comme le produit d'une expérience, d'une sensation, d'une émotion qui, standardisées, atteignent “une paix conceptuelle” [30]. La problématique métaphorique nous engage à dépasser le simple processus d'activation pour envisager la nature du matériel ainsi dégagé puis les processus opérants. Une fabrique sémiotique C'est à la Poétique d'Aristote que l'on doit d'avoir jeté les bases d'une définition proprement sémiotique de la métaphore ; celle-ci y est, en effet, décrite sous la forme d'une action qui, par le seul fait de formuler, donne naissance à une perception des choses jusqu'alors inexistante dans l'esprit du comprenant. Alors que Ricœur [31] invoque l'imagination, Mack [32]parle d'une réalité créée par le locuteur et suspendue entre a posteriori et a priori ; elle forge la perspective de l'auditeur sur le modèle du locuteur qui, par là, agit plus qu'il ne dit en usant d'une métaphore. Mack note que le discours de suspension qui accompagne la métaphore, se traduit généralement par les verbes : imaginer, croire, rêver, supposer, etc… et un certain usage du si, entre assertion et présupposition. Ceci conduit l'auditeur à lire dans la métaphore : “regardez ceci de cette manière, sentez de cette manière pour me comprendre”. Initiant et supportant un travail de conceptualisation, la métaphore intercepte et fixe les premières idées fugaces, dessine les arêtes grossières d'un concept qu'elle préfigure [33]. Expression de la nécessité, la catachrèse (parler des pieds d'une table, des cheveux d'une comète, de la tête d'un clou…), nous semble emblématique de cet exercice cognitif de traduction et de conceptualisation au cours duquel un signe sera dépossédé de sa valeur propre afin d'être réinvesti en tant que signifiant second d'un signifié pour lequel le concept fait défaut. La sémiotique connotative de Hjelmslev [34] décrit cette utilisation du signe dans son ensemble - signifiant et signifié [35]- comme un décrochage dont il résultera un nouveau signe coiffant le premier :
L'hypothèse sémiotique que nous défendons est que topique et véhicule tiennent proprement les rôles du signifiant et du signifié tandis que la copule “être” identifie la corrélation entre les deux unités de sens. Le signe que délimite ainsi la métaphore est motivé dans la mesure où il ne s'inscrit pas dans un système codé, et ne donne pas lieu à un passage direct de traduction du signifiant au signifié : le code est à créer. Barthes [36], dans son analyse du “vêtement écrit” : ceinture de cuir au-dessus de la taille, piquée d'une rose, sur une robe souple en shetland… relève différents degrés dans la motivation du signe qui peut osciller entre deux pôles extrêmes, selon qu'il se confondra avec la fonction qu'il doit transmettre ou qu'il se fera le simple porteur d'une convention culturelle. Il présente un cas intermédiaire dans la phrase suivante : “Ce manteau de fourrure trouve son emploi lors d'un départ, sur les quais d'une gare”. La fourrure est certes connue pour son rôle protecteur et l'on se représentera aisément une gare comme un lieu très éventé, mais d'un autre côté, cette motivation d'ordre fonctionnel, avec un lieu froid qui “appelle” un vêtement chaud, se trouve réduite à une invitation (le sens a ici pour objectif de faire vendre et donc de séduire) dans la mesure où, nous dit Barthes, la gare n'oblige pas à la fourrure et réciproquement : “(...) tout se passe comme s'il y avait dans chaque énoncé un certain noyau de substance (ici la chaleur du vêtement, là le froid du monde) et que la motivation s'établit d'un noyau à l'autre, sans égard au détail des unités engagées dans chaque énoncé”. Haley [37] parle d'une semeiosis métaphorique. La métaphore serait un symbole (au sens peircéen, c'est-à-dire, arbitraire) contenant en son sein un noyau iconique et qui serait amené, dans le cadre d'un poème, à développer ses dimensions cognitives et linguis-tiques au travers de la médiation d'un espace sémantique qui remplit la fonction d'index. De sorte que la tension que nourrit la métaphore poétique est toute à la fois par nature symbolique, iconique et indexique. Elle pointe la ressemblance des deux termes (application des lois iconiques), souligne leurs dissemblances (rôle dévolu à l'index) et se réfère à des conventions à la fois linguistiques et culturelles (support symbolique). La métaphore pourrait tenir, selon nous, du signe arbitraire à partir du moment où on l'envisage comme la mise en place d'une double articulation avec les traits sémantiques et figuratifs en lieu des phonèmes [38] ; il s'agit en effet par le biais d'une métaphore utilisant le prédicat “cochon”, d'utiliser un objet qui tient ensemble les traits “gros”, “sale”, “animé”, “stupide” qu'il possède inclusivement [39] en tant que traits typiques ou remarquables. Dans le cadre d'une tâche qui vise à évaluer la mémoire verbale d'enfants confrontés à des métaphores : “une dame était en train de faire ses courses dans une épicerie. Elle aperçut près de la sortie un garçon apparemment perdu. S'agenouillant près de lui, elle lui fit l'effet d'une aspirine”... Reyna et Kiernan [40] relèvent qu'aussi bien les enfants âgés de 9 ans que ceux de 6 ans à qui l'on demande de pointer uniquement les phrases qu'ils se rappellent avoir été présentées lors de la lecture du texte, obtiennent d'excellents résultats. Le fait qu'ils déclarent, à tort et de manière significative, se rappeler de phrases non présentes dans le texte mais dont l'interprétation psychologique demeure juste : “Elle permit au garçon de se sentir mieux”… caractérise un niveau de compréhension déjà observé chez des adultes : ce qui est retenu est ce qui a été compris plutôt que ce dont on a précisément fait l'expérience. En refusant, au contraire, de valider de fausses métaphores : “S'agenouillant près de lui, elle fut telle un sirop pour la toux”… les enfants corroborent cette interprétation. Il est, par ailleurs, intéressant de noter que si une interprétation psychologique est acceptée plus souvent qu'une interprétation d'ordre perceptif (qualifiant par exemple l'héroïne de ronde sur le modèle du cachet d'aspirine), celles-ci ne sont pas exclusives l'une de l'autre. Les enfants sont statistiquement d'autant plus enclins à accepter la première qu'ils ont accepté la seconde. Cette relation positive de dépendance serait la manifestation d'une stratégie : plutôt que de rejeter des traits perceptifs, l'interprétant ferait le choix de les utiliser comme la base d'un pont le conduisant au sens métaphorique. Ainsi, le réconfort physique apporté par l'aspirine dont c'est la fonction, permet de construire un lien et de considérer métaphoriquement l'aide de l'héroïne comme un réconfort psychologique. Le schéma interprétatif que dessinent ces auteurs, est celui d'un sens littéral réinstancié et éprouvé contextuellement, la cohérence de la signification métaphorique découlant d'une interprétation générique du sens littéral premier. La femme en question ne pouvant être réellement une aspirine, les traits d'une aspirine doivent être considérés d'une manière plus abstraite afin de pouvoir être appliqués au concept de “ femme ”. Gomez de la Serna nous en fournit un exemple : “Là vivaient les millionnaires qui se détendent dans l'oubli de tout, les gens qui sont l'aspirine du monde, qui débarrassent le crâne du monde de cette douleur lancinante : la migraine de la pauvreté” [41]. Contrairement à Eco [42] pour qui le signe renvoie à quelque chose qui est en-dehors de lui-même (un insigne à la boutonnière par exemple, ne renvoie pas à sa composition moléculaire, à sa tendance à tomber vers le bas, à sa capacité à être empaqueté et transporté), nous pensons qu'elle invite précisément à une auto-référence, à l'analyse de ses composants. Macro-signe, elle exhibe les mots dans leur chair sémique et sensorielle. Ce point de vue n'est cependant pas incompatible avec la définition d'Eco si l'on retient avant tout de la métaphore, l'action de métaphoriser, démarche interprétative assumée par un sujet. Du fait que ce dernier commence par ignorer le sens ainsi formulé, elle est l'aiguillon, les prémices d'un enseignement qui doit le conduire à redécouper dans la matière des mots, un signifiant et un signifié, et enfin à les relier. Ce point illustre également, à l'image de ce que pensait Barthes au sujet du texte, que la métaphore est moins une structure qu'une structuration, soit une pratique signifiante. Kim [43]présente un point de vue synthétique lorsque, reconnaissant au procédé métaphorique une qualité translinguistique qui permet “une conceptualisation au-delà des données sémantico-référentielles fournies par la langue”... il considère que celui-ci s'appuie, dans le même temps, sur des unités déjà existantes au sein de sémèmes. Une décomposition du matériel sémique par l'interprétant, l'amènerait à reconstituer un troisième ensemble sémique motivé et non fermé, avec pour sème nucléaire, le sème détecté comme commun aux deux sémèmes mis en présence au cours d'une énonciation métaphorique. Mais cela ne s'avère possible que dans la mesure où l'interprétant est engagé à parcourir un ensemble de connaissances encyclopédiques. Le sens littéral est, en quelque sorte, convoqué en tant que matière première, capital sémantique à penser et à réorganiser au regard d'autres références et sources d'informations. Ce point de vue permet de théoriser un continuum entre littéral et figuré, ainsi que l'intermède pendant lequel le sens ne se laisse plus supporter par le seul contexte discursif. Intercession de l'image Kosslyn [44] et sa théorie de l'imagerie nous permettront de finaliser d'un point de vue cognitif, notre conception. Face à une métaphore créative, l'interprétant se trouve, selon nous, dans la même position que le sujet à qui l'on demande de la mouche ou de l'abeille, lequel de ces insectes est le plus petit : le résultat de cette comparaison n'ayant pas été codé en termes de proposition dans la mémoire à long terme du sujet, celui-ci doit passer par l'imagerie pour pouvoir répondre (contrairement au cas où la question posée serait “Qui du lapin ou de l'éléphant est le plus gros ?”). En posant l'appartenance à une même classe, la métaphore active une imagerie mentale dans la perspective d'un nouvel encodage annoncé et vécu comme une tension : “Perçu et conçu doivent être à la fois semblables et différents (c'est le principe du tiers médiateur), et ce rapport se dégage de la possibilité qu'il y a pour le spectateur d'identifier une classe qui les englobe tous deux” [45]. L'imagerie est alors à considérer comme le processus qui permet de résoudre le problème. La théorie de Kosslyn peut rendre compte par ailleurs, de certaines caractéristiques essentielles de la métaphore. Elle pourrait, en effet, contribuer à élucider sa nature tautologique, selon l'idée partagée par Larocque [46], Urban et Northrype [47], que la métaphore exhibe une qualité déjà-là, une information en germe avant que la figure ne soit posée. Selon Kosslyn, l'imagerie sera le plus souvent utilisée pour récupérer une information sur les objets, apprise de manière incidentelle. Il donne ainsi pour exemple le cas où nous avons à répondre à la question : combien de fenêtres comporte notre salon ? Nous pouvons parfaitement y répondre pour peu que nous formions une image dans ce but, en dépit du fait que nous n'ayons pas jusque-là pensé à cette information et que nous ne l'ayons pas stockée en mémoire à long terme en tant que telle. La métaphore épouse ce caractère de jugement au bout duquel une connaissance prend le statut d'information, marquée du sceau de la conscience. Il n'est pas aisé d'identifier la part que la conscience prend dans le travail interprétatif. En évoquant ce thème épineux, nous tenons à souligner que la méta-phore implique des processus contrôlés et à nous démarquer des positions défendues par Hunt et Popham [48] selon qui les états altérés de la conscience se manifestant notamment à travers des synesthésies, seraient la pure expression et extériorisation des processus cognitifs articulant la métaphore et son interprétation. Enfin, la métaphore est conscience car elle est travail, enjeu interprétatif : “La métaphore est inhérente au processus de la connaissance analogique. Elle consiste à rapprocher l'objet à connaître d'un objet déjà connu, de façon à la rendre assimilable au sujet. On peut donc avancer que la conscience, lorsqu'elle procède par comparaison, dans son labeur d'assimilation du monde extérieur, ne fait que contrôler une identité de structure entre sa propre réalité et celle de l'univers” [49]. Ainsi, nous concevons la compréhension des métaphores via l'imagerie et sa décomposition, c'est-à-dire, via la génération de données sensorielles sur la base d'une description scénique et perceptive de haut niveau [50]. Pour illustrer notre point de vue construit sur une théorie de l'imagerie, la métaphore du poète Donald [51] au sujet d'un célèbre joueur de base-ball nous paraît édifiante : “Quand William frappait, il était tel l'enseigne d'un coiffeur”. Cette figure prend sens si, plongeant dans nos souvenirs de promeneur, nous formons l'image d'une enseigne composée d'un volet tournant sur un support quant à lui statique. De la confrontation mentale de l'objet et du joueur, totalement étrangers l'un à l'autre, se dégagent alors la visualisation et la décomposition d'un mouvement dont dépend toute la réussite de la frappe au base-ball : le joueur pivote et soumet le milieu de son corps à une torsion en prenant soin de ne pas accomplir une rotation complète. Haley note qu'au-delà de l'image, l'auteur projette dans le même temps un champ sémantique empreint de nostalgie du fait que ce type d'enseigne se fait rare au promeneur (peut-être que le lecteur européen sollicitera plutôt sa mémoire cinématographique). D'autre part, notons que celle-ci participe d'une prise de conscience : la qualité d'un mouvement que, pourtant, nous avions déjà eu l'occasion de visualiser. La prise de conscience dont nous parlons consiste en un travail sur l'image qui vient finaliser le procès métaphorique et le conduire à une catégorisation. Il est cependant troublant de constater que le sens peut précéder l'énumération des relations le constituant et nourrir en nous le sentiment d'une intuition. Mais de même que Jacob et Jeannerod [52] font remarquer qu'une représentation motrice ne permet pas en soi de rendre le sujet conscient du stimulus représenté et que ce n'est qu'après avoir esquivé l'obstacle imprévu et donc après avoir produit une réponse motrice, que l'automobiliste “devient visuellement conscient de la nature de l'obstacle”, nous voulons insister sur le fait qu'une interprétation métaphorique ne se laisse pas délimiter dans la mesure où elle peut faire l'objet d'une analyse à des degrés divers de profondeur, que ce soit en termes quantitatifs (exhaustivité des liens) ou qualitatifs (détection de traits sémantiques communs et/ou exploration par l'image). Sur le plan de la temporalité, elle peut aussi bien se confondre dans l'immédiateté d'une image, qu'œuvrer patiemment à la séparation de l'indice et de l'icône [53]. Nous nous rangeons donc à l'avis de Caramelli [54] qui consiste à relativiser la dépendance du phénomène métaphorique au langage pour mieux le reconsidérer en tant que phénomène cognitif. Ainsi, selon cet auteur, si le phénomène du sens est la véritable racine du langage, la nature de celui-ci est non-linguistique : la fonction symbolique du langage qui émerge dans la métaphore, opère comme une réintégration, un processus par lequel la ré-expérimentation d'un constituant induit le souvenir d'un ensemble préalablement expérimenté. On retrouve partiellement cette idée chez Hörmann [55], chez Palermo [56] et Verbrugge [57] pour qui le sens est la connaissance d'une relation évoquée par un signe et non une entité réifiée, contenue dans les mots ou l'esprit des gens, comme porte à le penser une analyse de traits sémantiques. La métaphore, selon ce principe, ne serait pas substitution ou création de sens, mais ré-appropriation d'une connaissance, soit une prise de conscience sur la base des concepts qui constituent la métaphore et de leur exploration via l'imagerie mentale. Relevant avec Hishitani [58], l'apparent paradoxe à théoriser l'exploration par un sujet d'une image qu'il a lui-même formée et dont on peut supposer à ce titre qu'il en connaît le contenu conceptuel, nous suivrons son invitation à ne pas confondre l'image avec ce dernier mais à la considérer comme “une information médiate qui au cours d'un processus expérientiel conscient permet d'opérer sur une information et d'en redécouvrir certains éléments”. À l'encontre d'une théorie de l'imagerie, Pylyshyn [59] défend l'idée selon laquelle nous stockerions en mémoire des informations, fruits d'une interprétation perceptuelle, plutôt que des informations perceptuelles brutes. Il use pour cela, de l'argument suivant : la règle inverse nécessiterait de reproduire, pour chaque récupération en mémoire, l'analyse interprétative sur l'information brute. Au-delà du fait que nous pourrions, comme Anderson [60], relativiser cette opinion en doutant du coût cognitif d'une performance supposée devoir être à chaque fois renouvelée, nous préférons souligner que cet auteur se focalise sur l'état final d'une connaissance. Pour preuve, il note qu'en oubliant le fait que telle lampe se trouvait dans son salon, un sujet interrogé sur la localisation de cette dernière, manifeste la perte d'une information et non celle d'une portion physique d'une image qu'il aurait dans le passé intégrée de façon quasi picturale (métaphore dont abuseraient les partisans d'une théorie de l'imagerie). Notre argument est que pour parler d'oubli, encore faut-il qu'ait été accordé à cette connaissance le statut d'information, non par la grâce de la patine du temps mais effectivement, au bénéfice d'une analyse interprétative. Au risque d'un inévitable anachronisme épistémique, nous considérons que la théorie de Kosslyn traduit le constat de Harnad [61] selon lequel les capacités mnésiques ne sont pas illimitées et que, si l'induction consistant à extraire les structures invariantes et récurrentes de notre environnement en est la parade cognitive, la présentification via l'exploration de la composante sensorielle de notre matériel verbal, nous assure d'une récupération des instances les plus originales et les plus détaillées, sans laquelle par ailleurs, d'autres inductions et d'autres constructions catégorielles novatrices ne seraient pas envisageables et les congruences définitivement figées. Comme le fait justement remarquer Hiraga [62] à propos de “La vie est un jeu”, la métaphore ne se réduit pas à une compréhension direc-tement sensorielle du concept de “vie” ou encore à une transposition isomorphique au cours de laquelle “la vie” serait codé sur le modèle du jeu. La métaphore suppose la recherche des similarités mises en lumière par le parallélisme qu'elle porte au langage. Ce que pointe également Radwañska Williams [63] en précisant que, de toutes les formes de l'iconicité, la métaphore en constitue le membre le plus abstrait puisque, si l'image réplique une qualité de l'objet auquel elle réfère et si le diagramme renferme la règle de sa propre lecture, la métaphore se pose seulement comme une relation de similarité qui implique l'interprétant dans la construction du sens. Cet auteur considère que le caractère paradoxal de cette figure réside dans le fait d'impliquer une image qui n'est pas directement représentationnelle et de nourrir une relation à l'objet à représenter, plus abstraite que ne le fait un simple diagramme sur le mode de la carte mentale. Elle initie un processus créatif et heuristique à la charge de l'interprétant. Elle suppose la comparaison de deux images dans leur qualité heuristique alors que, ni ce à quoi elle réfère en vertu d'une qualité immédiate-ment représentable, ni la règle qui devrait conduire à la représentation ne sont donnés et ne se donnent à une première inspection de la forme. Il s'agit bien d'une forme d'introspection au sens où l'enten-dait Wittgenstein [64], c'est-à-dire une réflexion sur soi définie comme “l'appel des souvenirs ; des situations possibles qu'on imagine et des sentiments qu'on éprouverait si…” et non d'un œil interne. Une hypothèse alternative, mais que nous voulons complémentaire, serait que dans certains cas l'interprétant serait invité, ou tout simplement plus enclin, à exploiter les composantes les plus abstraites du véhicule. Plutôt que d'envisager une concurrence, nous décelons là un principe d'économie engageant l'interprétant vers l'une ou l'autre stratégie : lorsqu'une stratégie portant sur le matériel sémique échoue, est mise en place une stratégie heuristique au cours de laquelle le matériel sémique sert de base à une activité imageante. Ce dernier point contribue à différencier sensiblement notre position du modèle séquentiel de Searle [65] construit sur la rupture entre sens propre et sens figuré. D'autre part, nous dessinons un continuum entre les deux, du fait que nous mettons en évidence dans le processus interprétatif, une opération de sémiotisation par laquelle les connotations encyclopédiques sont exploitées aux fins de leur propre sémantisation. Le problème posé par la traduction des métaphores nous fait percevoir que la métaphore est elle-même une traduction au cours de laquelle l'image est appelée à rejoindre un capital sémantique. Conclusion À une activité proprement sémantique et componentielle, se couplerait donc une activité sémiotique que nous aimons, quant à nous, comparer à un déplacement de centre de gravité sémique, mû par l'image et sa richesse associative. La polysémie propre à chaque mot extrait d'un dictionnaire, se trouve dans un certain sens, amputée mais c'est de cette réduction que procède la métaphore vive pour pouvoir renégocier la relation d'un concept à son objet. Ce n'est pas la complétude de la relation concept-objet qui est remise en cause mais une branche, une dimension, une facette que l'interprétant se doit de localiser avant de pouvoir l'identifier au cours d'une exploration mentale. C'est en ce sens et en amont du processus d'abstraction qui finalise l'acte métaphorique, que nous proposons de considérer la métaphore comme une dynamique du souvenir. Elle réveille en nous l'image et au-delà, remue ces couches sédimentaires faites d'odeurs, de sons, de saveurs, de chatoiements et de sensations motrices, cultivant la contiguïté pour mieux préparer l'avènement de la catégorie. Cet élargissement du concept permet à notre sens, de prendre en compte l'imagerie en tant que processus cognitif à part entière. Elle est cette cheville cognitive qui articule le passage, pointé par Barthes [66], entre système et syntagme : “(...) le système est une mémoire ; passer du syntagme au système, c'est remettre des fragments de substance à une permanence, à une durée ; inversement, passer du système au syntagme, c'est si l'on peut dire, actualiser un souvenir”.
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