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De l'explicite à l'implicite
 

Ecrit par C. Detienne

Genette (1970) a établit une grille qui permet des distinctions intéressantes. Cette grille trace une sorte de continuum entre les métaphores les plus explicites (a.) et les métaphores les plus implicites (f.) :

 

a.      Comparaison motivée

Exemple : ‘Mon amour brûle comme une flamme'.

Ce type de métaphore correspond à ce que Le Guern (1973) nomme la similitudo[1] à tertium comparationis (ou sème isolé) apparent. Elle a les caractéristiques suivantes :

- Elle est in praesentia, c'est-à-dire que le métaphorisant (flamme) et le métaphorisé (amour) sont explicites dans l'énoncé ;

- Le tertium comparationis est explicite. Autrement dit, il est mentionné que le lien analogique entre /l'amour/ et /la flamme/ se fait par l'intermédiaire de /la chaleur/ (impliquée directement dans ‘brûle'). En ce sens, la métaphore est motivée. Cette caractéristique fait de ce type de métaphore « la plus limitée dans sa portée analogique, puisqu'un seul sème commun (chaleur) est retenu comme motif, parmi d'autres (lumière, légèreté, mobilité [etc…] » (Genette,1970,164). Cette contrainte interprétative facilite grandement la compréhension de la métaphore, mais c'est bien sûr au dépend d'une autre interprétation de la métaphore ;

- Présence d'un modalisateur (‘comme'). C'est ce dernier qui sert de pivot formel entre le métaphorisant et le métaphorisé.

b.      Comparaison non motivée

Exemple : ‘Mon amour ressemble à un flamme'.

Ce type de métaphore correspond à une similitudo dont le tertium comparationis n'est pas précisé à la surface du discours. Ses caractéristiques sont les suivantes :

- Elle est in praesentia, c'est-à-dire que le métaphorisant (flamme) et le métaphorisé (amour) sont explicites dans l'énoncé ;

- Le tertium comparationis est implicite. Il n'est pas précisé en quoi l'amour ressemble à une flamme. La métaphore n'est donc pas motivée. Cela laisse libre court à l'imagination de l'interlocuteur.

- Présence d'un modalisateur (‘ressemble à'). Ce dernier sert de pivot formel entre le métaphorisant et le métaphorisé.

 

c.      Assimilation motivée

Exemple : ‘Mon amour est une flamme ardente'.

La distinction majeure entre la comparaison (similitudo) et l'assimilation est que la première dispose de modalisateurs formels (‘comme', ressemble à', etc…) tandis que la seconde opère un raccourci.

      Les caractéristiques de ce type de métaphore sont les suivantes :

- Elle est in praesentia, c'est-à-dire que le métaphorisant (flamme) et le métaphorisé (amour) sont explicites dans l'énoncé ;

- Le tertium comparationis est explicite. Autrement dit, il est mentionné que le lien analogique entre /l'amour/ et /la flamme/ se fait par l'intermédiaire de /ardent/.

- Absence de modalisateur comparatif. Le pivot formel entre métaphorisant et métaphorisé est le verbe /est/.

 

d.      Assimilation non motivée

Par exemple : ‘Mon amour est une flamme'.

Apparaît ici le type de métaphore le plus dangereux (lorsqu'il se trouve par exemple dans un ouvrage scientifique) car (1) il n'est pas instrumenté par un modalisateur comparatif et (2) le tertium comparationis est absent. En conséquence, la métaphore nominale peut apparaître comme une définition [2] (ce qu'elle n'est jamais !). J'y reviendrai en long et en large dans mon prochain article qui traitera du statut de la métaphore dans le discours des sciences humaines.

      Les caractéristiques de ce type de métaphore sont les suivantes :

- Elle est in praesentia, c'est-à-dire que le métaphorisant (flamme) et le métaphorisé (amour) sont explicites dans l'énoncé ;

- Le tertium comparationis est implicite. Autrement dit, il n'est pas précisé en quoi l'amour ressemble à une flamme. C'est à l'interlocuteur de le deviner ; le contexte linguistique (les phrases précédentes dans le discours) et le contexte extralinguistique (la situation énonciative) l'aident souvent beaucoup dans l'orientation de son interprétation.

- Absence de modalisateur comparatif. Le pivot formel entre métaphorisant et métaphorisé est le verbe /est/.

 

e.      Assimilation motivée sans comparé

Exemple : ‘Mon ardente flamme'.

Les caractéristiques de ce type de métaphore sont les suivantes :

- Elle est in absentia, c'est-à-dire que le métaphorisé (amour) n'est pas explicité dans l'énoncé ;

- Le tertium comparationis est explicite.

- Absence de modalisateur comparatif.

 

f.        Assimilation non motivée sans comparé

Exemple : ‘Ma flamme'.

Les caractéristiques de ce type de métaphore sont les suivantes :

- Elle est in absentia, c'est-à-dire que le métaphorisé (amour) n'est pas explicité dans l'énoncé ;

- Le tertium comparationis est implicite.

- Absence de modalisateur comparatif.

 

Les deux derniers types de métaphores sont celles qui -dans certains contextes- s'apparentent le plus à des énigmes.  A quoi renvoie /flamme/ ? Quel est le rapport entre flamme et /?/ ?

C'est la forme la plus courante des sobriquets (ma flamme !, ma fleur !, etc…) et des injures métaphoriques (Poubelle ! Tête de loque !, etc…) et celle qu'on rencontre le moins dans les discours scientifiques.

 

Il reste à rajouter que chacun des types vus ci-dessus peut être subdivisé en deux selon qu'il y a présence ou non d'un indice linguistique de métaphoricité : ‘une sorte de', ‘(une) espèce de', ‘un vrai', ‘littéralement', etc…

 

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[1] Le mot ‘comparaison' recouvre deux choses très différentes : La similitudo et la comparatio : La première « sert à exprimer un jugement qualitatif, en faisant intervenir dans le déroulement de l'énoncé l'être, l'objet, l'action ou l'état qui comporte à un degré éminent ou tout au moins remarquable la qualité ou la caractéristique qu'il importe de mettre en valeur » (Le Guern,1973,52) ; Par contre, la comparatio est « caractérisée par le fait qu'elle fait intervenir un élément d'appréciation quantitative » (idem). Par exemple, ‘Jean est plus bête que Paul' est une comparatio, tandis que ‘Jean est plus bête qu'un âne' est une similitudo.  Il en découle que si la métaphore a quelque rapport avec la comparaison, c'est par le biais de la similitudo.

[2] Par exemple la pseudo-définition de l'individu que donne Freud : « Un individu est selon nous un ça psychique (…) » (Freud,1923,236).

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