La distance
catégorielle
On a vu
précédemment que la métaphore consiste à rapprocher deux cotopies qui -à
première vue- n’ont rien en commun. Par exemple, dans la métaphore ‘ce canari
est un spaghetti’, on rapproche la cotopie /animal/ avec la cotopie
/nourriture/. Quelques auteurs se sont intéressés à l’étude de la distance
sémantique entre la cotopie métaphorisante et la cotopie métaphorisée. Pour ce
faire, deux notions sont importantes :
- l’hyperonymie : Si j’appelle ce canari que je
vois au loin ‘un oiseau’, on parlera d’hyperonymie. Celle-ci « permet de
définir un terme superordonné par une démarche d’abstraction. (…) On réunit
plusieurs classes d’un degré inférieur en une seule plus générale, obtenue en
effaçant les traits distinctifs » (Tamba,1999,215).
-l’hyponymie : Si j’appelle ce canari que je
vois au loin ‘un canari à pattes vertes du Cameroun’, on parlera d’hyponymie.
Celle-ci « définit un terme subordonné par une démarche de spécification.
(…) On divise une classe en plusieurs sous-classes, par adjonction d’un trait
différentiateur et d’une dénomination spécifique »
(idem).
Si effectivement la métaphore est « une procédure de catégorisation
non conventionnelle, dans la proclamation d’appartenance d’une occurrence à, ou
d’inclusion d’une classe dans, une catégorie à laquelle elle n’appartient
normalement pas » (Kleiber,1994,54), il convient de pouvoir schématiser ce
rapprochement (ou cette assimilation) catégoriel(le). Je propose pour ce
faire d’utiliser un arbre ad hoc[1] :
Objet
![]()
![]()
Vivant
Inanimé
![]()
![]()
![]()
![]()
Naturel
artificiel
![]()
Humain non
humain
![]()
Organique
inorganique
mammifère
ovidés
spaghetti
oiseaux
![]()
aigle
canari
Comparons approximativement la distance catégorielle
entre les deux métaphores suivantes :
- ‘Ce canari est un vrai
spaghetti’.
La distance catégorielle entre ‘canari’ et
‘spaghetti’ est importante : Il faut passer par un grand nombre [2]
de nœuds pour relier les deux termes. Et surtout, il faut passer de la catégorie
/vivant/ à la catégorie /Inanimé/, ce qui, au niveau de l’interprétation de la
métaphore, provoque souvent « un sentiment de fusion qui efface les
barrières entre le monde animé et le monde inanimé »
(Prandi,1992,197).
- ‘Ce canari est un vrai
aigle’.
Dans ce cas-ci par contre, la distance est très
courte. Il suffit de monter jusque /oiseau/ et de descendre jusque l’autre
terme. Ici l’interlocuteur est susceptible de considérer la métaphore comme une
erreur catégorielle, le métaphorisant et le métaphorisé étant à proximité l’un
de l’autre (il est par contre plus difficile de confondre un canari avec un
spaghetti).