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| La métaphore discursive interagit-elle avec un système sémiotique corporel ? | ||
Ecrit par C. Detienne Il y a interaction entre la métaphore discursive et un système sémiotique corporel si et seulement si la métaphore est parlée. Il est évident que, lorsqu'elle est écrite, elle est déconnectée du corps sémiotique (si je peux me permettre l'expression) de celui qui l'a produite. Etant donné qu'il n'y a, à ma connaissance, jamais eu de recherches en la matière, je ne donnerai que brièvement quelques éléments assez généraux.
a.
Les mimiques faciales Celui qui énonce une métaphore dans une situation énonciative particulière appuie alors ses métaphores par une emphase au niveau des traits du visage. Les traits sont dans ce cas forcés ; on trouvera la personne ‘expressive'.
b.
Les mouvements des mains L'énonciateur peut appuyer son discours par des mouvements des mains qui donnent du poids, qui font ressortir le contenu de son discours métaphorique.
c.
La prosodie Le plus souvent -mais cela n'a jamais été étudié!-, la métaphore -surtout lorsqu'elle constitue un hapax métaphorique- est prononcée avec insistance (ou emphase). En faisant jouer les différents paramètres vocaux (par exemple, courbe mélodique, temps de pause avant ou après la métaphore, rythme, vitesse, timbre, etc…), le locuteur appuie sa métaphore par tout un dispositif vocal. En conclusion : la métaphore est souvent appuyée par un système sémiotique corporel. Il y a beaucoup de motivations à cette mise en valeur corporelle de la métaphore. Je n'en isolerai pour l'instant que trois :
·
Cet appui emphatique au moment de la métaphore peut servir de signal à l'interlocuteur : La métaphore ressort (avec l'aide d'un geste (vocal ou des mains) ou avec l'aide d'une exagération des traits du visages) du reste de l'énoncé (ce qui facilite son identification). En faisant cela, l'énonciateur prévient en quelque sorte l'interlocuteur : « Si j'appuie autant mon discours, c'est parce que je suis sûr de ce que je dis ; il ne s'agit pas d'une erreur ; C'est bien cela que je voulais dire ! ». En quelque sorte, l'énonciateur invite l'interlocuteur à dépasser le moment de l'absurdité et du non-sens en lui confirmant -d'une manière typiquement rhétorique- que cela veut bien dire quelque chose.
·
A côté de cet emploi purement « signalétique » de l'emphase, celle-ci peut avoir une fonction subjectivante : montrer à l'interlocuteur que l'énonciateur est impliqué subjectivement dans son discours. Ici, la métaphore est « la réponse linguistique d'un sujet parlant qui cherche à faire partager son expérience incarnée du monde » (Détrie,2000,145) ; elle marque « la subjectivité du locuteur » (idem,146) en ce sens qu'elle est « l'expression d'un point de vue sur le monde » (idem,168). Cette fonction subjectivante renforce quelque chose déjà à l'œuvre dans l'énonciation de beaucoup de métaphores [1].
·
Proche de la fonction subjectivante et souvent mêlée à elle, on trouve la fonction rhétorico-pragmatique : L'emphase constitue alors un dispositif rhétorique qui a l'ambition de faire adhérer l'interlocuteur aux propos de l'énonciateur : «une expression orale sert généralement non seulement à faire savoir, donc à transmettre des informations factuelles ou non-factuelles, mais [aussi] à induire une adhésion mentale à l'information transmise auprès de l'auditeur » (Caelen-Haumont & Keller,1997,91). Ici, l'emphase est un moyen « de toucher l'auditeur, de lui faire partager une croyance, de manière à induire chez lui un comportement spécifique » (idem, 101). [1] Voir Tamba (1981,193):« Si la présence de (…) [l'] énonciateur est illusoirement effacée dans le système énonciatif courant qui vise précisément à l'objectivité de la pure dénotation, en revanche le système de l'énonciation figurée concède souvent une certaine place au sujet énonciateur » et Bordas (2003,120) : « Toute métaphore, même banalisée, est inscription du vécu du locuteur, rappel ou anticipation de son histoire personnelle, de ses propres connotations et de ses valeurs. C'est en cela qu'elle est toujours un peu le micro-récit d'une expérience ». |
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